La Croûte Cassée : ce livre qui m’a permis d’apprivoiser ma cuisine
Si tu ne sais pas comment te débrouiller en cuisine et que tu te demandes par où commencer, ça tombe bien ! J’ai un livre de recettes parfait pour ça à te recommander.
Bienvenue dans Le Club de Lecture, une série où je te partage des livres de recettes que je trouve vraiment utiles, des livres sur la nutrition qui sont fiables et des oeuvres littéraires que j’analyse sous l’angle de la bouffe.
Aujourd’hui, je te parle du livre de recette La Croûte Cassée, par Mariève Desjardins et Marie-Michelle Garon paru aux éditions Parfum d’encre (photographies par Dominique Lafond et graphisme par Rachel Monnier).
Quand je suis arrivée en appartement à 17 ans, tout était nouveau pour moi : une nouvelle ville, un nouveau rythme de vie, une nouvelle cuisine. C’était beaucoup d’adaptation en même temps. Mais si y’a une affaire qui ne change pas peu importe que tu soies capable de t’arranger pour la faire ou non, c’est qu’il faut manger à chaque jour. Fait que j’ai appris sur le tas à me démerder avec les moyens du bord que j’avais à ma disposition. C’est à dire, pas grand chose à part des vieilles casseroles toutes poquées, une cuisine d’un mètre carré et ma capacité surprenante à faire coller des pâtes dans le fond de mes chaudrons.
C’est donc sans surprise que tu vas apprendre que ma première session cégépienne a été pas mal ruff au niveau alimentaire.
Ma mère ayant entendu parlé d’un nouveau (à l’époque) livre de recettes qui s’adressait aux personnes qui rushaient en cuisine a décidé de me l’offrir en cadeau lors de mon premier Noël suivant mon départ du nid familial. Et ça a changé ma vie (j’exagère à peine). Pourquoi ? Parce qu’il m’a donné le courage d’affronter ma cuisine en me donnant les outils réalistes pour y arriver : des recettes faciles à faire, savoureuses, pas chères et avec des ingrédients simples.
Mais y’a plein de livres qui promettent cette même formule. Donc pourquoi LUI je l’aime autant ? La réponse est simple : Je sentais que c’était un livre qui s’adressait à des gens qui vivaient la même réalité que la mienne, soit celle d’une personne qui commençait à apprivoiser maladroitement ses chaudrons.
La Croûte Cassée, c’est le livre qui m’a permis de prendre confiance en moi dans ma cuisine (et qui a fortement influencé la nutritionniste que je suis aujourd’hui).
Voici donc mon Top cinq des raisons pourquoi je recommande ce livre de recettes aux personnes qui ne savent pas trop par où commencer pour se sentir à l’aise dans cette pièce de l’appartement à l’aura mystérieuse où on se sent parfois perdu-e.
Raison #1 : La quatrième de couverture (le dos du livre)
Ok. Là tu dois te dire que c’est un drôle d’argument pour acheter un livre de recettes. Mais j’te jure, ça met la table pour que tu comprennes ben vite qu’il s’adresse (ou pas) à toi. Selon la quatrième de couverture, voici 7 bonnes raisons pour lire ce livre :
«Vous êtes un étudiant dont l’estomac est aussi vide que le compte en banque.
Votre budget est serré, mais vous voulez remplir votre garde-manger autrement qu’avec des sachets de soupe aux nouilles.
Vous n’avez jamais appris grand-chose de vos parents côté cuisine.
Fraîchement célibataire, vous réalisez en catastrophe que le boss des chaudrons, c’était l’autre moitié du couple.
Vous maniez bien l’ouvre-boîte et le micro-ondes, mais vous avez encore du mal à différencier le poêle du frigo (« les deux sont carrés et ont une porte, non? »)
Vous êtes un gourmet que la simple idée d’épépiner une tomate épuise pour un bon deux semaines.
Vous aimez la bonne bouffe, mais frôlez l’attaque cardiaque devant les factures astronomiques des restos.».
Tu te reconnais tu là-dedans ? Moi oui (je cochais 5 des bonnes raisons pour lire le livre quand je l’ai reçu en cadeau). J’te jure, juste pour ça, moi ça me convainc de l’acheter.
Raison #2 : Son esthétisme
Je sais pas pour toi, mais perso, je ne me suis jamais reconnue dans les livres de recettes à l’esthétique ultra léchée où on y voit des splendides cuisines parfaitement propres et immaculées de personnes qui gèrent super bien leur vie (et leur grand sourire). Je comprends l’intérêt pour ça, on s’entend. Oui, ça fait des belles photos. Mais non, ça ne me parle pas puisque je suis une personne plutôt chaotique, surtout dans la pièce où je dois gérer un million d’affaires qui cuisent en même temps et tenter de ne pas trop faire de dégâts avec mes mains pleines de pouces.
J’ai donc trippé quand j’ai ouvert ce livre et que j’y ai vu des photographies de cuisine et d’armoires qui ressemblaient à mon chez moi. Genre la vedette mise en valeur ce n’est pas un four à convection ultra cher ou un mélangeur sur pied méga photogénique. Non. C’est le vieux malaxeur qui provient sûrement de la grand-mère d’une des autrices. Il est vieux, il est lette, mais il ressemble sûrement à ce que tu as dans tes armoires.
En Vedette :
Un beau vieux malaxeur comme on les aime
Mais le parti pris esthétique de la Croûte Cassée, c’est plus que ça. C’est une prise de risque calculée pour rendre l’univers de la cuisine accessible et invitant.
Des muffins photogéniques
Moi aussi, mes muffins ressemblent à ça quand je les cuisines
Les photographies de recettes ne ressemblent pas à ce qu’on retrouve traditionnellement dans des livres pour cuisiner. Perso, je les trouve super belles et intéressantes esthétiquement, mais je suis consciente qu’elles ne sont peut-être pas tout à fait dans les standards de beauté culinaires classiques. Ceci étant dit, c’est justement ça que j’aime du choix de la direction artistique. À chaque recette que j’essayais, quand je la finissais et que je la comparais à sa photographie… ça se ressemblait vraiment ! Ça, c’est encourageant !
Des images au rendu peut-être un peu “moins cutes” (je mets des gros guillemets ici) c’est tellement plus satisfaisant et motivant quand tu es en train de développer tes compétences culinaires que des images parfaites et photoshopées.
Bon. Certains choix esthétiques peuvent peut-être sembler audacieux pour certaines personnes, mais moi j’aime ça le monde qui ose dans la vie.
Audacieux le glaçage bleu ?
Certes.
Et que dire des pages “pré-tachées” pour t’encourager à salir le livre en l’utilisant (une invitation qui est d’ailleurs textuellement indiquée par les autrices) ?
Choix esthétique ou réelle utilisation ?
La tache de sauce à spag est une décision graphique. Le morceau de champignon est une preuve historique que j’ai cuisiné la recette.
C’est du génie selon moi. Je ne peux d’ailleurs qu’être d’accord avec cette idée : un livre de recettes propre, c’est un livre qui ne sert pas assez selon moi (dans les livres de recettes que j’ai chez moi, on peut facilement repérer les recettes que je fais souvent de par l’état de détérioration des pages du dit livre). Bon encore là, chaque personne a sa propre relation avec ses ouvrages culinaires, mais je préfère de loin devoir m’acheter une deuxième version d’un livre cochonné qui a servi beaucoup que d’avoir une belle bibliothèque garnie de livres qui collectionnent la poussière.
Raison #3 : Les recettes en tant que tel
Ouais, c’est une raison quand même importante pour un livre de recettes (c’est vrai que ça aurait pu être ma raison#1 dans le fond). Ben coudont.
Est-ce que les recettes présentées dans le livre réinventent la roue ? Non.
Est-ce qu’elles font la job en sacrament ? Oui.
Genre, c’est le fun d’avoir un seul livre avec tous les classiques réunis dedans : spag, chili, brownies, biscuits aux pépites de chocolat, pain aux bananes, gâteau au fromage, humus, guacamole, soupe à l’oignon, potage… Ok, je vais pas toutes te les nommer, y’en a quand même 64, mais tu comprends l’idée.
Et là, mettons que tu me dis : “Certes, mais j’ai déjà mes recettes classiques, c’est-à-dire la sauce à spag de ma mère sur une vieille feuille jaunie défraîchie, je n’ai donc guère besoin de ce livre”. Ben moi, j’ai envie de te répondre : “libre à toi gente personne de ne pas considérer cet achat. Nonobstant, sache qu’on y retrouve également des recettes un tantinet rocambolesque tel des bananes flambées, du gâteau à la pâte d’amandes ou encore du dip aux artichauts”. Bon pis là on va retirer nos monocles et nos chapeaux hauts de forme pis cesser de parler avec des mots alambiqués.
Mais bref, tout ça pour dire qu’il y a une variété de recettes allant de très simples, à très classiques, à très réconfortantes, à très olé olé et que ça peut convenir à une foule d’occasion.
Raison #4 : La façon de classer les recettes
Parlant d’une foule d’occasions, ça peut sembler banal mais la façon dont les autrices ont choisi d’organiser les recettes par chapitre est une autre des raisons qui m’encourage à utiliser davantage ce livre.
Plutôt que d’y aller avec le traditionnel système de classification “entrée-plats principaux-desserts” (qui est ben correct en passant), la Croûte Cassée présente plutôt ses recettes en fonction des occasions où qu’on a besoin de cuisiner telle ou telle recette. Je m’explique en te présentant les 8 sections du livre :
Party à l’appart : de la bouffe à manger quand tu reçois des ami-es chez toi
Bouffe réconfortante pour blues de novembre : l’explication est dans le titre, mais tu peux quand même manger les recettes quand on n’est pas en novembre
Arme de séduction massive : des recettes plus “sexy” si tu as envie d’épater quelqu’un. Atttends, checke ben ça toutes les personnes que tu peux séduire avec les recettes de cette section : “des beaux-parents tout frais à charmer, une flamme à transformer en feu de joie, une voisine de palier grincheuse à qui vous avez un service à demander ou simplement une solide amitié à souligner. Ne sous-estimez pas l’attrait primaire et puissant qu’exerce la panse”. Je trouve cette description de section merveilleuse.
Rapido presto : recettes qui se cuisinent en moins de 20 minutes
Boucher un coin : si t’as une faim à combler ou que t’as envie de grignoter quelque chose de bon que tu t’es préparé toi-même
C’est en spécial : pour profiter des spéciaux en épicerie (pas plus compliqué que ça)
Fin de mois : des recettes pas trop chères quand le budget commence à être ben serré
Bouffe de dépanneur : une manière de te concocter un festin avec ce que tu trouves au dép d’à côté
C’est cool, non ?
Pis on s’entend que si ça te gosse comme classification, y’a quand même un index régulier pour que tu puisses trouver plus facilement les recettes que tu cherches. Wow, Mariève Desjardins et Marie-Michelle Garon ont pensé à toute.
Raison #5 : La façon dont sont rédigées les recettes
De façon générale, tu ne lis pas un livre de recettes de la même façon qu’un roman fantastique ou qu’un recueil de poésie. Un livre de recettes c’est rédigé de façon pratique et technique. Et si tu veux voir la personnalité des auteur-rices, c’est surtout dans les textes de préambule ou dans une phrase ou deux en haut des recettes que tu vas la retrouver.
C’est pour ça que j’ai été surprise la première fois que j’ai lu le livre la Croûte Cassée.
De l’humour dans un livre de recettes ?
Est-ce qu’on va faire un faire un standing ovation pour cette blagounette ? Non. Mais c’est drôle pareil.
De l’humour dans un livre de recettes, ça se peut ? Ben ça a l’air que oui. Je dis pas que c’est un livre que tu lis en te roulant à terre, mais y’a des petites touches humoristiques qui se faufilent de temps en temps dans les recettes. Et y’a aussi des annotations en language plus familier tout au long des recettes pour préciser certains détails ou astuces culinaires. ’est comme si les autrices s’adressaient à moi pour me donner des conseils pendant que je cuisinais et je trouve ça ben rafraîchissant.
Certaines mauvaises langues pourraient dire que c’est cringe, mais moi, au contraire j’ai trouvé ça cool que le livre se permette de sortir des sentiers battus.
En bonus : L’anecdote pour que tu puisses rire de moi un peu
Pas longtemps après avoir reçu le livre de la Croûte Cassée à Noël, j’ai eu la brillante idée de tester pour une première fois la recette de tiramisu au citron qui se trouvait dedans pour recevoir des ami-es à souper (incluant le chum d’une amie que je connaissais pas trop). Rappel important : j’ai 17 ans et je cuisine pas très bien.
Le jour même, je pars faire mes emplettes pour acheter les ingrédients pour faire le dessert. La recette mentionne qu’elle nécessite une tasse de thé noir de bonne qualité. Comme je suis un peu dernière minute, je vais au dépanneur en face de chez nous pour acheter une tasse de thé noir. Comment t’expliquer ça ? Je catche pas que quand c’est écrit “une tasse de thé”, ça veut dire une tasse de thé infusé. Donc je vais voir le gars au dép et je lui demande l’équivalent d’une tasse en sachets de thé. Là il se sent un peu mal parce qu’il vendait ses sachets à l’unité et que ça allait me coûter cher, il me fait un prix pour l’équivalent d’une boîte complète de sachets de thé et je retourne chez moi bien décidée à réussir mon dessert.
La première étape de la recette consiste à “infuse[r] 250 ml de thé”. Je pars l’eau à bouillir, je sors ma tasse à mesurer, je déchire un sachet de thé, je vide son contenu dans la tasse et je recommence l’opération dans le but d’obtenir une tasse de thé. Comprends-tu l’erreur que je suis en train de faire ? Clairement pas moi. Après avoir éventré quelques sachets qui remplissent beaucoup trop lentement la tasse à mesurer, je commence à me dire que y’a quelque chose de bizarre dans ce que je suis en train de faire. Mais je continue quand même, tout en me disant que ça fait quand même beaucoup de thé pour un dessert. L’eau termine de bouillir et je la verse sur LA TASSE À MESURER PLEINE À RABORD DE THÉ SEC. L’eau devient instantanément tellement foncée. Pis là, j’allume.
Je regarde les sachets vidés de leur contenu pis la phrase “infusez 250 ml de thé” prend automatiquement une toute autre signification que celle que je viens de vivre. Comme toi qui as compris depuis longtemps, fallait juste prendre un sachet de thé pis le faire infuser dans une tasse d’eau bouillante. Oups. J’ai pu de sachets de thé, la tasse de thé est beaucoup trop concentrée pis j’ai pas de tamis pour essayer d’égoutter ce total fail.
J’ai ravalé mon orgueil, je suis retournée au dép acheter un autre sachet de thé (le gars du dép devait se poser de multiples questions auxquelles je ne lui ai jamais fourni de réponse) et j’ai refait infuser le thé correctement cette fois-ci. Le dessert était finalement très bon, mes ami-es ont ri de moi un bon coup et j’ai appris ce que ça voulait dire quand une recette demandait de faire infuser une tasse de thé.
Mon nemesis
Des explications simples qui prennent des proportions grandioses dans ma tête.
En conclusion
Est-ce que le livre La Croûte Cassée est fait pour tout le monde ? Pentoute. Je l’ai déjà présenté à quelqu’un qui l’a feuilleté avec peu d’intérêt en mentionnant que c’était pas mal toutes des recettes de base qu’elle avait déjà dans d’autres livres. Et c’est effectivement un bon point. Si ce n’est pas pour toi, tant mieux. Ça veut probablement dire que tu es déjà super à l’aise en cuisine et grand bien te fasse.
Mais si tu débutes en cuisine et que tu veux prendre de la confiance en toi, ce livre est selon moi un bon premier pas.
Ce qui me fascine aussi par rapport à ce livre de recettes, c’est sa pertinence malgré le fait que ce ne soit pas un récent ouvrage. Le livre La Croûte Cassée a été publié en 2008. Au moment où j’écris ces lignes, le livre a donc 18 ans (j’suis pas pire en calculs). Malgré son “âge avancé”, il est toujours autant d’actualités. En presque 20 ans, le problème des personnes qui rushent en cuisine et de la perte des compétences culinaires est toujours (malheureusement) existant. Je trouve donc ça bien un livre décomplexé qui prend le temps de te montrer brièvement c’est quoi les épices, les ingrédients et les équipements de base que tu devrais avoir pour te débrouiller en cuisine en plus de quelques astuces pour conserver tes aliments et d’une foule de recettes pour te créer une bonne banque de repas à cuisiner sans trop te casser la tête. Ça fait du bien d’avoir un ouvrage dans lequel on peut trouver tout ça.
Le seul petit bémol du livre : chaque recette est affublée d’un coût par portion qui, on s’entend, n’est plus à jour. J’pense pas qu’un repas complet à 0,97$ par portion ça existe encore de nos jours. On peut toutefois voir ça comme une capsule temporelle pour se rappeler comment ça pouvait être pas trop cher de s’alimenter dans le temps.
Donc en terminant, si tu n’as qu’UN seul livre à t’acheter pour commencer à cuisiner, commence dont par La Croûte Cassée. En plus, vu que le livre n’est plus jeune jeune, il coûte maintenant 10$ (et je l’ai déjà vu à 5$ dans une pharmacie).
Quessé tu fais à ne pas être en train de te garocher dessus ?
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P.S. Ceci n’est pas un contenu commandité. Il s’agit de mon opinion personnelle et indépendante. Je ne suis pas payée pour rédiger cet article et j’ai moi-même acheté le livre avec mes propres bidous.
P.p.s. Je sais pas si tu avais remarqué, mais dans l’illustration de la bannière du site du Club Sandwitch se cache un petit oeuf de Pâques relié à mon amour du livre La Croûte Cassée (ok, c’est pas un “petit” oeuf de Pâques, j’ai juste carrément choisi d’y dessiner ce livre-là parce qu’il est super important pour moi). L’avais-tu remarqué ?